À l'heure où les questions de santé au travail connaissent un regain d'actualité et où les politiques de prévention suscitent des interrogations nouvelles, le Groupe d’Histoire Travail & Santé (GHTS) réunit des historiennes et historiens du travail que leurs recherches ont progressivement amenés à s’interroger sur les relations entre travail et santé. En étudiant tant les dimensions économiques et sociales de la santé au travail que la prise en charge et la gestion collective des problèmes de santé liés au travail, le GHTS espère contribuer à une meilleure compréhension des débats contemporains.
Les membres du GHTS ont pour souci commun d'écrire une histoire sociale de la santé au travail depuis le 19e siècle. Après avoir mené deux programmes de recherche, l'un sur l'inaptitude et l'autre sur les enjeux du risque au travail, le GHTS travaille actuellement sur les catégories de la santé au travail (responsabilité, invalidité, incapacité, usure, réparation, prévention, etc.). Il entend d'abord remettre en perspective l’évolution de ces catégories avec le contexte économique, les modes d’organisation du travail et les particularités des systèmes de protection sociale, en prenant en compte dans ses analyses la dimension du genre et de la nationalité. L'attention du groupe se porte également sur le jeu des acteurs dans le processus de construction des catégories et sur les usages sociaux qui en sont faits ou qu’elles engendrent. Enfin, l'histoire de la santé au travail est lue à l’échelle humaine dans ses effets sur les parcours individuels et collectifs, à travers les atteintes à l’intégrité corporelle, les ruptures des itinéraires professionnels, les phénomènes d’exclusion ou de précarisation, les sorties prématurées d’activité, l’éclatement des solidarités de groupe…
La construction et les usages des catégories de la santé au travail sont appréhendés par l’analyse des textes réglementaires et législatifs ainsi que des archives des instances chargées de la santé au travail [ministères et administrations, inspection du travail, CHS(CT), organismes d’assurance, médecine du travail, instances européennes et internationales, etc.]. Cette analyse met en jeu les entreprises et mondes de travail, les experts et scientifiques ainsi que les organisations professionnelles et les divers mouvements de défense des salariés et des victimes. Des éclairages sur divers secteurs d’activité (automobile, services publics, bâtiment, métiers du nettoyage, etc.) doivent permettre de saisir finement les négociations, conflits et pratiques d'accommodation dont les questions de santé au travail sont l’enjeu.
Pour traiter ces diverses problématiques, le GHTS, tout en maintenant un dialogue ouvert avec d'autres disciplines, s'appuie principalement sur une démarche historienne, ayant à cœur de placer la temporalité au centre des schémas explicatifs et de situer les problèmes de santé au travail dans une perspective longue. Le recours à des sources variées, allant des fonds d'archives à la sollicitation des acteurs, contribue à cerner l'émergence et la singularité de ces problèmes autant qu'à souligner la récurrence de certaines attitudes, représentations ou stratégies d’acteurs. Mettant au jour les hésitations et les processus de déni ou d'occultation, cette approche conduit à remettre en question des problématiques dictées par l’actualité et à réviser les cadres dans lesquels sont pensés les phénomènes. Elle permet de situer les stratégies des acteurs dans leur contexte historique. La démarche historienne aide ainsi à dégager les rythmes, inflexions ou continuités propres aux questions de santé au travail.